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Développer des exploitations familiales durables et résilientes

Building sustainable and resilient family farms

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Comment décririez-vous le concept de « résilience » dans le contexte de l’agriculture familiale ?

La résilience est la capacité d’un exploitant familial ou d’une communauté d’exploitants familiaux à réussir à assurer sa subsistance malgré les chocs qui ont affecté son bien-être et sa qualité de vie. Dans le contexte de l’agriculture familiale, les causes de ces chocs peuvent être externes, comme une sécheresse, une inondation, un tremblement de terre, une maladie ou une épidémie de ravageurs, ou internes à une famille ou à une communauté, comme une maladie, un décès, des dettes ou la fragmentation des terres agricoles. Ces chocs peuvent avoir des effets sur le court terme comme sur le long terme et avoir un caractère non récurrent, simultané ou successif (une série de catastrophes). Pour apporter une plus grande résilience aux exploitants familiaux, il convient de prévoir, de prévenir, d’atténuer, de surmonter et de s’adapter aux facteurs qui affectent le bien-être des exploitants familiaux, afin qu’ils puissent faire face à ces défis.

Quel rôle les TIC peuvent-elles jouer pour le renforcement de la résilience dans le contexte de l’agriculture familiale ?

Les TIC peuvent y contribuer en permettant la réalisation des actions précédemment mentionnées : prévision, prévention, atténuation et adaptation aux causes qui affectent le bien-être des exploitants familiaux. De nombreuses TIC émergentes permettent de le faire. On se servait déjà de la radio et de la télévision pour diffuser des informations sur les catastrophes ; de nos jours, on utilise de plus en plus les téléphones portables à cette même fin, d’autant qu’ils permettent de cibler des personnes ou des communautés spécifiques et de les informer, par exemple, de l’imminence d’une inondation, pour celles qui sont situées dans des zones à faible altitude. Un autre domaine émergent est la capacité de modéliser des exploitations familiales et de simuler le système agricole le plus adapté pour en améliorer la gestion. Ces solutions permettent de réduire le risque et d’améliorer la résilience des exploitations. Sans oublier les stations météorologiques automatisées qui sont de plus en plus répandues et utilisées pour prédire le temps qu’il fera localement ; elles représentent une aide précieuse pour de nombreux autres domaines, tels que la gestion des maladies et des ravageurs.

Comment les TIC peuvent-elles aider les familles d’exploitants et, en particulier, les les plus pauvres, à s’adapter au changement climatique et à en atténuer les effets ?

Le changement climatique affectera les paysans de bien des façons. La variabilité du climat entraînera des conditions climatiques extrêmes : sécheresses plus fréquentes et pluies subites à l’origine d’inondations et de l’engorgement des sols, averses de grêle et ouragans, pour ne citer que quelques exemples. Les TIC peuvent jouer un rôle essentiel, non seulement pour prédire les conditions météorologiques, mais aussi pour fournir des informations permettant d’éviter les dégâts et les destructions et aider les personnes à faire face aux effets consécutifs à court et à long terme. En outre, résilience et durabilité de l’agriculture sont étroitement liées. Les TIC peuvent jouer un rôle important pour faire progresser la durabilité de l’agriculture, par exemple, pour éviter le gaspillage de l’eau d’irrigation et de l’énergie. Des capteurs d’humidité du sol reliés à des systèmes d’arrosage et d’irrigation goutte-à-goutte permettent de gérer l’utilisation de l’eau de manière optimale. Lorsque ces capteurs sont mis en réseau, comme on arrive à le faire actuellement, on peut contrôler l’utilisation des ressources (comme l’eau et les nutriments du sol) de tout un ensemble d’exploitations et de champs. Dans un avenir très proche, des caméras numériques équipées de filtres spéciaux seront mises en service pour surveiller la santé des cultures. On pourra les intégrer à de petits drones pour surveiller les champs périodiquement. Certaines TIC permettent d’étendre les services financiers aux zones rurales où il ne serait pas rentable pour les banques de s’installer. Les TIC peuvent même assurer des services de santé pour les exploitants familiaux des régions isolées.

Quelles sont les TIC qui ont contribué à l’amélioration de la résilience des exploitants familiaux au niveau des techniques agricoles, de la sécurité alimentaire et des moyens de subsistance ?

Nous avons déjà parlé de l’impact de la téléphonie mobile sur le bien-être économique et social des exploitants familiaux dans de nombreuses parties du monde. En Afrique, ce type de téléphone leur permet d’utiliser des services auxquels elle n’avait pas accès auparavant. La téléphonie mobile aide également les exploitants familiaux dans leurs recherches d’emplois secondaires pour augmenter leurs gains. Rares sont les personnes qui connaissent le rôle joué par les TIC dans la recherche et l’innovation en agriculture, comme l’introduction et le développement de nouvelles semences résistantes aux sécheresses ou à l’engorgement des sols.

Quels sont les contraintes ou obstacles associés à l’utilisation des TIC pour améliorer la résilience dans le contexte de l’agriculture familiale ?

L’obstacle principal est la disponibilité des TIC et l’accès à ces technologies. Premièrement, les TIC disponibles ont généralement été accaparées par les exploitants qui disposent de beaucoup de ressources. Aujourd’hui, ces derniers sont de gros exploitants privés, telles que les exploitations constituées en société qui pratiquent une agriculture de type familial. En guise d’exemple, citons l’industrie laitière moderne et l’agriculture de précision. Ces deux types d’agriculture se sont emparés d’un grand nombre des technologies à base de capteurs. Alors que certaines de ces technologies pourraient également bénéficier aux petits exploitants familiaux, le fait que les gros agriculteurs s’en soient emparés en premier lieu fait que les possibilités de développement ont été guidées par cette catégorie d’agriculteurs. L’accès à ces technologies peut être limité par les politiques, les règlements et les structures organisationnelles ; l’expérience montre que c’est très souvent le cas. Par exemple, de nombreux organismes nationaux de recherche agricole, qui sont les principaux gestionnaires de l’information agricole dans le monde en développement, n’investissent pas dans les méthodes permettant de faciliter l’accès à l’information pour les petits exploitants familiaux ni dans le partage de l’information qui pourrait leur être utile.

De quelle manière peut-on dépasser ces contraintes ?

Premièrement, il importe que la société et les pouvoirs publics soient conscients du rôle que peuvent jouer les TIC pour innover rapidement dans l’agriculture et contribuer à la durabilité et à la résilience de l’agriculture familiale. Les experts qui sont conscients du potentiel de cette technologie doivent en faire le plaidoyer et la promotion. Deuxièmement, il est nécessaire d’investir. Dans un premier temps, c’est le secteur public qui doit s’en charger dans les pays en développement, pour développer les infrastructures, comme la connectivité ou le renforcement des capacités, et, dans certains cas, subventionner des TIC pertinentes. Les partenariats entre les secteurs public et privé peuvent jouer un rôle actif. Une grande partie des services en matière de connaissances qui pourraient contribuer à une agriculture familiale résiliente seront assurés par des micro-, petites et moyennes entreprises. Les institutions gouvernementales et du secteur public devront apporter un appui financier et technique aux entrepreneurs, non pas seulement pour qu’ils puissent assurer ces services, mais également pour leur permettre d’innover. Cet appui pourrait également générer de nouvelles perspectives d’emploi, surtout pour les jeunes qui vivent dans les zones rurales. Un autre obstacle de taille qu’il faut surmonter est la capacité à utiliser ces technologies de manière efficace. Il faut développer les compétences de tous les acteurs des chaînes de valeur agricoles (scientifiques, agents de vulgarisation, exploitants agricoles, transporteurs, transformateurs, intermédiaires du marché).

À l’avenir, comment les TIC pourront-elles accroître la résilience des exploitants familiaux ?

L’avenir dépend des nombreuses nouvelles technologies émergentes, ainsi que d’une plus grande prise de conscience par les communautés d’exploitants familiaux des bénéfices potentiels liés à l’utilisation de ces technologies. Certaines de ces TIC émergentes offrent la possibilité de gérer et d’utiliser efficacement l’avalanche de données (big data) générées pour améliorer les techniques agricoles. Citons également l’exemple des applications pour smartphones ou phablettes qui permettent aux exploitants agricoles d’utiliser les données et technologies précédemment citées. À l’avenir, une grande partie des données et des informations utilisées par les exploitants familiaux seront générées par les exploitants eux-mêmes. Il faudra mettre sur pied de nouvelles formes de collaboration et de coopération pour le partage et l’échange de ces données, informations et connaissances. Les réseaux sociaux auront un rôle pivot à cet égard et les médias sociaux verront vraisemblablement leur rôle évoluer. Tout cela contribuera à apporter une plus grande résilience à l’agriculture familiale. 

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The use of ICTs to access big data for farming purposes may well lift the status of the profession of farming as a whole – for both family farmers and young people.

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