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La révolution de l’argent mobile

© Reuters/Mike Hutchings

Entretien avec Lee Babcock, directeur de l’unité Mobile Strategy d’ACDI/VOCA, une organisation de développement économique basée à Washington, DC, États-Unis. ACDI/VOCA s’emploie à dégager des opportunités économiques pour les coopératives, les entreprises et les communautés par l’application innovante de pratiques commerciales saines.

Certains voient dans l’argent mobile la prochaine grande innovation financière. Qu’entend-on précisément par argent mobile?

L’utilisation du téléphone portable pour envoyer, recevoir et stocker une valeur économique.

En quoi l’argent mobile est-il différent d’autres innovations comme la microfinance?

La microfinance a été la dernière grande innovation financière. Lorsque Mohammad Yunus a créé la Grameen Bank en 1976, personne ne croyait que les institutions de microfinance (IMF) seraient un jour commercialement viables. Mais comme ce modèle créait un espoir de prêt pour les très pauvres, des donateurs ont financé des IMF à travers le monde.

Avec le soutien de l’USAID, l’organisation pour laquelle je travaille, ACDI/VOCA, a créé une douzaine d’IMF qui ont prêté plus d’un milliard de dollars à des micro-entreprises, des petits exploitants et des familles rurales. Lorsqu’il s’est rendu compte que les IMF étaient commercialement viables, le secteur privé a mis ses moyens financiers dans la balance. Les IMF financées par des donateurs et désormais par le privé comptent plus de 154 millions de clients de par le monde sans toutefois parvenir à desservir les 2,5 milliards d’adultes non bancarisés, raison pour laquelle nous ne pouvons établir une banque ou une IMF dans chaque communauté qui en a besoin.

L’argent mobile s’appuie sur un investissement déjà consenti par un nombre croissant de pauvres à travers le monde – l’achat d’un téléphone portable – afin de leur offrir des services bancaires (épargne, transferts, débours et remboursements de prêt). Il permet également d’associer les régions les plus reculées au système financier. D’après l’Union internationale des télécommunications, il y a aujourd’hui plus d’abonnés au portable que d’habitants dans le monde ! Près de 39 % de la population des PED est abonnée au portable, et ce chiffre croît rapidement.

À qui profite spécifiquement l’argent mobile?

Bien qu’il profite à tous, l’argent mobile profitera surtout à ceux qui se trouvent à la base de la pyramide économique. La valeur du téléphone sur le long terme pour la communication, le stockage sécurisé et le transfert d’argent fait que beaucoup sont prêts à d’importants sacrifices pour se payer un portable.

C’est important, parce que cela implique que nous avons désormais une infrastructure autofinancée présente jusque dans les foyers. Dès lors que nous avons cette infrastructure robuste, diverses applications à valeur ajoutée peuvent être déployées pour l’argent mobile, l’agriculture, la santé, l’éducation mobile, etc. L’utilisation de l’argent mobile va faire passer la base de la pyramide d’une activité économique informelle, opaque et inefficace à une activité économique formelle.

Pouvez-vous donner un bon exemple d’innovation concrète en matière d’argent mobile ?

Les exemples sont nombreux. Le plus souvent cité est celui de M-Pesa au Kenya. M-Pesa est une joint venture entre Safaricom et Vodafone. En agriculture, Zoona est une plate-forme zambienne de tierces parties qui a débuté par la filière coton. Les agences britannique et américaine pour le développement international ont soutenu M-Pesa comme Zoona durant leur phase de création. Opportunity Bank Malawi a augmenté le financement mobile de leur portefeuille de prêts agricoles. SmartMoney est une autre tierce partie qui dessert les secteurs agricoles tanzanien et ougandais. Les services financiers mobiles pour l’agriculture permettent de réduire la vente parallèle de même que les frais administratifs et de sécurité tout en augmentant l’efficacité, la productivité du paysan et la transparence des transactions économiques.

Quelles sont les composantes « écosystémiques » nécessaires à la réussite de l’argent mobile ?

On compte actuellement plus de 190 plates-formes d’argent mobile dans le monde et bien d’autres sont dans les cartons. Au sein de l’écosystème, on retrouve des opérateurs de réseau mobile, des fournisseurs de cartes de paiement, des institutions financières, des fournisseurs de solutions, des tierces parties, etc.

Cette industrie se fonde sur un modèle d’entreprise innovant. À de très rares exceptions près, les 190 plates-formes se trouvent dans des centres urbains. Lorsqu’elles songent à s’implanter dans des zones rurales pour acquérir une présence nationale, elles s’aperçoivent de leur incapacité à surmonter des problèmes comme l’illettrisme, l’analphabétisme financier et le manque de confiance. Dans les zones rurales, elles doivent donc trouver un modèle d’entreprise innovant qui associe les ONG et d’autres acteurs du développement, plus habitués à relever ces défis.

En faisant se rencontrer les objectifs de mission des acteurs de développement à but non lucratif et les objectifs lucratifs du secteur privé, nous pourrions arriver à des services financiers mobiles qui seraient à la base de la pyramide ce que le secteur bancaire commercial fut à la révolution industrielle !

© Reuters/Mike Hutchings

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