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Le tremplin digital de l’agriculture inclusive

© Alamy/Benedicte Desrus

CTA se servira de la conférence comme d’une vitrine pour prouver que les TIC mettent les producteurs, transformateurs, négociants et autres acteurs de la filière réellement en capacité. Ce numéro donne un aperçu des applications TIC dans le domaine agricole, à l’approche de la conférence ICT4Ag qui se tiendra à Kigali (Rwanda), du 4 au 8 novembre.

Goodluck, un paysan progressiste de 35 ans vivant tout près de la ville de Maseno, dans l’ouest du Kenya, commence sa journée en consultant son smartphone : il s’informe de la météo, du prix auquel se négocient aujourd’hui les variétés qu’il cultive, des nouvelles officielles susceptibles d’influencer son activité ou celle de sa coopérative. Sur le point de partir vers son exploitation, il se rappelle soudain avoir entendu parler d’une invasion de nuisibles la veille au soir à la radio. Il se dit qu’il devrait en parler avec son fournisseur d’intrants, Kahilu, plus tard dans la journée, et lui envoie vite fait un SMS pour confirmer la réunion. Il se dit aussi qu’il ferait bien d’appeler le centre d’assistance aux paysans, qui pourrait en savoir plus à ce sujet.

Après avoir scanné le code-barres sur l’oreille de ses vaches et envoyé ces données au système national de surveillance épidémiologique, il ouvre son compte Facebook pour voir s’il y a du nouveau du côté de la fédération paysanne dont il est membre.

À la fédération paysanne, c’est Emily qui est chargée de la communication et des médias sociaux. Elle vient de mettre un message sur Facebook pour faire la pub d’une vidéo avicole qu’elle a téléchargée la veille sur YouTube. Elle vérifie à présent le nombre de personnes qui l’ont regardée et leur localisation. Elle note avec satisfaction qu’il y a déjà eu pas mal de réactions. Sa priorité est de veiller à ce que les messages des aviculteurs locaux en demande d’appui à leur production arrivent jusqu’aux oreilles des décideurs.

Emily s’est inscrite sur plusieurs listes de discussion électronique et portails de gestion des connaissances où elle distille des messages travaillés. Pour donner un maximum de visibilité à la vidéo, elle s’est empressée de mettre un signet sur Delicious et StumbleUpon, d’envoyer plusieurs tweets (dont la plupart ont été re-tweetés) et d’ajouter des liens vers d’autres sources d’information qu’elle a trouvées sur AgResearch. Au passage, elle remarque un nouveau tweet du ministre de l’Agriculture sur l’importance de l’ordinateur pour les communautés rurales. Elle se demande si elle ne devrait pas lui adresser directement un message ; apparemment, le ministre est en demande de réactions de gens comme elle.

Du consommateur au producteur

Cette fiction donne une idée de la nouvelle Afrique. La révolution numérique est en train de transformer la vie des populations, tant urbaines que rurales. Leur façon de travailler, de tisser les relations professionnelles et amicales, de chercher et de partager des informations, de faire ses petites affaires au quotidien a profondément changé. Le secteur des télécoms mobiles croît plus vite en Afrique que partout ailleurs dans le monde. Les appareils nomades bouleversent les marchés. Le meilleur accès aux réseaux de données et à Internet, l’innovation constante, la facilité d’emploi et la baisse des coûts alimentent cette croissance et ouvrent à des millions de gens les portes d’un nouveau monde d’information.

Les technologies web et mobiles qui sous-tendent le dialogue interactif et la communication multimédia – ce qu’on appelle communément les médias sociaux – ont induit de profonds changements dans les modes de communication des individus, des communautés et des organisations.

Les médias sociaux ont également induit de profonds changements dans la création et le partage des connaissances. Celles-ci ne viennent plus uniquement d’experts, mais de l’ensemble de la société. On assiste à la renaissance des données statistiques avec l’arrivée des visualisations instantanées et de l’infographie, qui illustrent les problèmes de manière plus attractive et qui captent l’attention de l’auditoire. Des associations de cultivateurs se regroupent, travaillent sur des problèmes, des intérêts et des espoirs communs. Elles collaborent en ligne pour créer des cartes thématiques et des applications virtuelles de suivi des événements, des prix des produits de base ou de la propagation des maladies et des nuisibles.

iCow, M-Farm, Esoko et d’autres exemples de réussite prouvent que les entrepreneurs ruraux ne peuvent se permettre de rater le train de la révolution numérique. De même, tout gouvernement qui prend l’essor de la production alimentaire au sérieux doit se tenir au courant des dernières évolutions et des politiques propices, ne serait-ce que pour rester en phase avec le monde agricole. Si l’objectif est de transformer l’agriculture africaine pour qu’elle assure la sécurité alimentaire et devienne un moteur de croissance économique, nous devons tirer pleinement parti des TIC afin de booster l’ensemble de la filière.

Mise en capacité du secteur agricole

Le CTA se servira de la conférence ICT4Ag comme d’une vitrine pour prouver que les TIC mettent les producteurs, transformateurs, négociants et autres acteurs de la filière réellement en capacité. Les TIC ouvrent en effet de nouveaux horizons, en donnant la parole aux sans voix et ne laissant de côté aucun petit paysan. Notre conférence fera le point des immenses possibilités et des rapides évolutions dans ce domaine (voyez l’encadré).

Plus de 400 personnes assisteront à la conférence pour aborder des questions regroupées sous trois thèmes :

  • les innovations émergentes dans les TIC en soutien au développement agricole et rural ;
  • le renforcement des capacités et l’autonomisation des parties prenantes en vue d'améliorer l'engagement dans les processus agricoles ;
  • la création d'environnements propices afin d'optimiser les bénéfices des TIC pour le secteur agricole.

Le premier thème, innovations émergentes, abordera diverses questions dont l’identification de solutions, d’apps et d’innovations mobiles et TIC ; la nouvelle architecture de la vulgarisation agricole et des services de conseil rural à l’ère des TIC et des technologies mobiles ; l’utilisation des TIC pour suivre et renforcer les processus agricoles, améliorer l’accès aux marchés et faciliter l’activité agroalimentaire.

Le deuxième thème, renforcement des capacités et autonomisation des parties prenantes, considérera les TIC en tant qu’inducteurs de communication et étudiera les échanges d’information et de ressources entre les intervenants de la filière ; l’autonomisation des jeunes au travers de TIC au service d’un DAR efficace et effectif ; et l’intégration transversale des questions de genre au travers de TIC au service d’activités de DAR efficaces et effectives. Diverses interventions se pencheront sur les modèles et approches de renforcement des capacités et la façon de suivre les effets des TIC sur les projets et programmes de DAR.

Le troisième thème, création d’environnements propices, s’intéressera aux politiques en matière d’agriculture, de TIC, d’e-agriculture ainsi qu’aux stratégies d’accompagnement. On y parlera aussi des TIC et des infrastructures (électricité, marchés, routes), des partenariats public-privé et plurilatéraux et de certaines nouvelles technologies et modèles d’entreprise envisagés pour améliorer l’accès aux TIC.

Il me tarde d’accueillir tous ceux qui seront sur place et d’avoir les réactions de celles et ceux qui participeront à distance à cette exaltante aventure. Nous publierons une partie des résultats de la conférence dans le prochain numéro d’ICT Update, en décembre 2013.

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CTA se servira de la conférence comme d’une vitrine pour prouver que les TIC mettent les producteurs, transformateurs, négociants et autres acteurs de la filière réellement en capacité. Ce numéro donne un aperçu des applications TIC dans le domaine agricole, à l’approche de la conférence ICT4Ag qui se tiendra à Kigali (Rwanda), du 4 au 8 novembre.

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Les TIC excellent quand il s’agit d’accéder à l’information, de faciliter la communication, d’améliorer les prises de décision et d’élargir le périmètre des programmes de développement. Pour révéler tous leurs effets, les solutions TIC doivent néanmoins faire partie du quotidien.

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Entretien avec Dorothy Okello, maître de conférences à la Faculté d’ingénierie informatique et électrique du College of Engineering, Design, Art and Technology de l’université de Makerere (Kampala, Ouganda). En 2000, elle a fondé WOUGNET, le réseau des Ougandaises, qui a pour vocation de promouvoir et de soutenir l’utilisation des TIC par les femmes et les associations féminines d’Ouganda.

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