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Les services de drones au profit de l'agriculture africaine prennent leur envol

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Le numérique contribue à transformer progressivement l'agriculture africaine en secteur à la pointe de la technologie. Grâce à l'apport de la donnée, les services se modernisent et les systèmes d'aide à la décision gagnent en efficacité. Les drones ou UAS (Unmanned Aerial System, Système aérien sans humain à bord) font partie intégrante de cette révolution.

Les drones sont en train de prendre une place grandissante dans l'agriculture africaine. Pour preuve, 21 pays, 38 start-up, trois agences gouvernementales et deux universités fournissent aujourd'hui des services basés sur les UAS à des organisations paysannes, des entreprises agroalimentaires, des gouvernements, des agences de développement et d’autres acteurs. Le CTA a joué un rôle clé dans l'essor de ces dispositifs innovants à travers son projet, lancé en 2017, Transformer l'agriculture africaine - Les yeux dans le ciel pour des technologies intelligentes au sol.

Ce programme, en associant recherche scientifique, démonstrations de faisabilité, renforcement des capacités, soutien aux investissements, développement d’entreprise, mise en réseau, capitalisation d’expérience et communication, a contribué à créer un environnement propice à l'essor de la technologie des drones. Il a aussi incité le Panel de haut niveau africain sur les technologies émergentes (APET, African Union's High-level Panel on Emerging Technologies) à adopter des drones pour l'agriculture de précision. En janvier 2018, le Conseil exécutif de l'Union africaine (UA) a ainsi recommandé officiellement à tous ses membres d'embrasser les opportunités offertes par cette technologie extrêmement prometteuse pour le continent.

Les responsables du projet ont en outre corédigé le rapport Des drones à l’horizon - Transformer l’agriculture en Afrique, dévoilé lors du Sommet sur l'innovation en Afrique, organisé au Rwanda, à Kigali, en juin 2018. Enfin, les bénéficiaires ont pris part activement au programme en conseillant les autorités de l'aviation civile sur la mise en place d'une réglementation pour un usage responsable des drones.

Bien comprendre le contexte pour élaborer des réponses adaptées

Malgré un intérêt prononcé pour les drones et les services associés à travers toute l'Afrique, la phase de lancement du projet a identifié plusieurs obstacles :

  • des cadres réglementaires défaillants (p. ex. l'Ouganda ne possède pas de cadre réglementaire) ;
  • un accès restreint aux capitaux pour une mise à l'échelle des services (dans la phase initiale du développement de l'activité) ;
  • le manque de compréhension de la technologie – opportunités et pièges à éviter – au démarrage des projets ;
  • les difficultés à profiter des atouts du cloud en raison d'une connectivité internet médiocre dans la plupart des pays ;
  • la longueur du processus d'apprentissage nécessaire pour une bonne utilisation des logiciels de traitement des données ;
  • la nécessité de mettre en place un cadre tarifaire pour les services de drones ;
  • le manque de connaissances agronomiques de la plupart des entreprises proposant des services de drones – davantage spécialisées sur les Services d'information géographique (SIG), la télédétection et les technologies de l'information et de la communication (TIC).

Ces barrières ont toutefois pu être surmontées au fil du temps, soit grâce au projet du CTA, soit grâce aux entreprises elles-mêmes. L'UA a également incité plusieurs autorités nationales de l’aviation civile à élaborer et à adopter leurs propres réglementations. Les entreprises, grâce aux formations et à un accompagnement continu, ont trouvé des solutions pour relever les défis et se montrer plus efficaces dans la distribution de leurs services. Le traitement des données sur site, et non plus en ligne, a permis de contourner le problème lié à la connectivité internet. Enfin, l'échange permanent d'informations entre les membres a favorisé l'apprentissage mutuel et la mise en place de partenariats ponctuels.

Une communauté de pratique (CdP) a rassemblé des membres partageant des intérêts et des buts communs. Elle a débouché sur la création d'une association professionnelle unique en son genre : Africa Goes Digital Inc (AfGD). Son but est d'aider les entreprises membres à grandir. Parallèlement, un groupe WhatsApp a été créé afin de faciliter les échanges et l'apprentissage. Il est aujourd'hui le moteur de la CdP et compte aujourd'hui 80 membres originaires de 21 pays (voir le n°92 de ICT Update).

Les drones, des systèmes en évolution

Les expressions « drones » et « UAS » sont employées ici indifféremment. Néanmoins, l'acronyme UAS ne désigne pas seulement le drone ou le véhicule aérien sans pilote (UAV, Unmanned Aerial Vehicle). Il inclut aussi le ou les capteur(s), le contrôleur de vol, le pilote, les applications, le logiciel d'analyse d'images multispectrales, le spécialiste qui analyse les données et l'ordinateur qui héberge le logiciel analytique.

Les UAS évoluent à toute vitesse et utilisent désormais l'intelligence artificielle pour alimenter les systèmes d'aide à la décision. Dorénavant, des UAS haut de gamme sont capables de fournir des informations fiables en différents formats – cartes index géoréférencées ou images infrarouge. Il est dès lors possible d'interpréter les données et de lancer éventuellement une action en temps réel. Le CTA finance actuellement un sous-projet en Ethiopie utilisant les UAS pour calibrer un algorithme déjà existant, qui permet d'évaluer les rendements du blé en fonction des conditions agroécologiques locales. Une fois validées et valorisées par des données satellitaires, ces informations deviendront stratégiques pour le gouvernement du pays qui pourra, par exemple, limiter les pénuries les années caractérisées par des conditions météorologiques défavorables.

Des retombées très positives

En juin 2019, une enquête a été menée afin d'évaluer les résultats et les retombées du projet. Elle a montré que les entreprises ont contribué à l'emploi des jeunes en engageant du personnel supplémentaire (72 % étant âgés de 18 à 35 ans). Sur les 32 entreprises interrogées, 97 % ont certifié que l'offre de services basés sur les drones a permis d'améliorer leur image et leur visibilité. L'étude a également révélé qu'au cours des 6 premiers mois de l’année 2019, 19 % des entreprises ont signé un contrat de service à hauteur de plus de 50 000 €, incluant à chaque fois un volet « Drones ». Les acteurs concernés ont conclu davantage de contrats de service avec des entreprises privées (54 %) qu’avec des organismes donateurs (14 %). De plus, la valeur des contrats a globalement augmenté, signe de la bonne santé de ces entreprises.

L'agriculture (60 %) suivie de la cartographie et relevés (31 %) sont les catégories ayant généré le plus de volume d'affaires. Toutefois, les entreprises les plus prospères demeurent celles qui ont diversifié leurs activités en se tournant vers d'autres secteurs comme l'ingénierie et la construction, l'immobilier ou l'extraction. Au total, les 32 entreprises concernées ont fourni des services à 209 organisations paysannes, 65 agences gouvernementales et près de 16 000 agriculteurs. Au niveau politique, 38 % des répondants ont estimé avoir contribué à la mise en place des réglementations nationales pour encadrer l'usage des drones. Enfin, 75 % ont précisé que leur personnel avait joué un rôle de consultant dans l'élaboration de ces projets réglementaires.

AfGD prend la main pour assurer la pérennité des services et le développement des entreprises

Le projet du CTA touche à sa fin, Africa Goes Digital Inc. va prendre le relais afin d'assurer la pérennité des services de drones pour l'agriculture. AfGD est une association professionnelle légalement constituée qui représente les entreprises africaines offrant des services numériques, dans l'agriculture et au-delà. Elle fournit un large éventail de services à ses membres, tout en trouvant des financements afin de les soutenir dans les domaines de la gestion d’entreprise, du développement et de l’acquisition d’entreprise, et de la fourniture de services. L'affiliation à AfGD est soumise à une série de critères et au paiement d'une cotisation. Tous les membres sont aujourd'hui des bénéficiaires du projet du CTA mais l'association va bientôt s'ouvrir à d'autres acteurs qui, bien que non membres, remplissent les critères d'éligibilité.

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Pendant 20 ans, ICT Update a suivi et rendu compte de la révolution engendrée par la digitalisation de l'agriculture. Mais comment définir ce concept ? Selon le "Rapport sur la numérisation de l'agriculture africaine, 2018-2019", il désigne « l'utilisation de technologies, d’innovations et de données numériques pour transformer les modèles d'affaires et les pratiques au long de la chaîne de valeur agricole ». Ce numéro, qui sera malheureusement le dernier, met en lumière les dernières initiatives du CTA en la matière, ainsi que leur impact.

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Comment qualifier, quantifier et décrypter l'impact d'un projet ? Le CTA s'est posé la question et a apporté une réponse en lançant une initiative de gestion des données relatives aux résultats des programmes. Objectif : s'assurer que les projets lancés répondent bien aux missions fixées par le centre et améliorer leur évaluation afin d'en tirer un maximum d'enseignements.

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Le projet Data4Ag du CTA a favorisé le déploiement de solutions digitales en Afrique ces dernières années. Grâce à ces innovations, les organisations paysannes ont procédé à l'enregistrement de leurs membres et leur adresser des services ciblés. Les retombées sur le terrain ont été spectaculaires, mais des questions ont malgré tout émergé, notamment à propos de la collecte et de l'utilisation des données des agriculteurs. Le sujet des politiques à mettre en œuvre pour accompagner le développement a également été soulevé.

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En Ouganda, le CTA travaille avec l'usine de thé d'Igara (IGTF) afin d'établir le profil numérique de ses agriculteurs affiliés et d'améliorer leurs pratiques en matière de gestion des données. Cet article détaille les impacts de ces initiatives, que ce soit pour les agriculteurs à titre individuel ou à l'échelle des coopératives. Les bénéfices liés à la collecte de données, et la manière dont elles pourraient être systématiquement intégrées dans les systèmes de suivi et d’évaluation des organisations paysannes, seront également au sommaire.

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Le changement climatique représente l'un des grands enjeux de notre siècle. Le défi est immense mais des solutions existent. Dans cet article, le Dr Oluyede Ajayi et Mariam Kadzamira détaillent comment le CTA a couplé l'assurance basée sur un indice climatique à d'autres services afin de renforcer la résilience de 140 000 familles de petits exploitants en Afrique australe.

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Il existe aujourd'hui des solutions regroupant plusieurs services numériques capables de transformer l'agriculture en profondeur. De séduisantes perspectives s'ouvrent aux petits exploitants, mais attention cependant. Ces nouvelles « super plateformes » sont en effet complexes et leurs impacts doivent être soigneusement évalués avant d'envisager une diffusion à grande échelle en Afrique.

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