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Les TIC au féminin

© Lakshman Nadaraja

Entretien avec Dorothy Okello, maître de conférences à la Faculté d’ingénierie informatique et électrique du College of Engineering, Design, Art and Technology de l’université de Makerere (Kampala, Ouganda). En 2000, elle a fondé WOUGNET, le réseau des Ougandaises, qui a pour vocation de promouvoir et de soutenir l’utilisation des TIC par les femmes et les associations féminines d’Ouganda.

Pourquoi le développement agricole passe-t-il par un meilleur accès des femmes aux TIC?

Dans de nombreux pays en développement, comme l’Ouganda, l’agriculture est le principal moyen de subsistance pour une large frange de la population – surtout dans les zones rurales où vit la majorité des femmes. Celles-ci forment en outre le gros de la main-d’œuvre agricole, bien qu’elles ne soient généralement pas propriétaires de la terre qu’elles cultivent.

Il est généralement admis qu’une information précise et à point nommé sur les conditions météo, les bonnes pratiques agricoles ou les prix du marché, par exemple, peut aider considérablement les paysans à accroître leur productivité. Au travers de services de vulgarisation, certes, mais aussi en faisant entrer l’usage des TIC dans les mœurs, surtout dans les zones rurales que ces services ne desservent pas, ou irrégulièrement. Compte tenu de la place de la femme dans le développement agricole, il convient de lui donner accès aux TIC pour améliorer sa productivité et ses moyens d’existence en général.

Qu’arrivera-t-il si cet accès ne s’améliore pas?

D’après la FAO, les pays en développement pourraient voir leur production accrue de 2,5 à 4 % si paysans et paysannes disposaient d’un égal accès aux ressources productives (semences, engrais) et à la technologie. Les femmes seront marginalisées tant qu’elles n’auront pas le même accès que les hommes à des TIC adéquates et financièrement abordables. Elles représentent un immense potentiel de revenus, mais qui demeurera inexploité tant que les disparités hommes-femmes se creuseront et que l’accès à l’entreprise économique, notamment par une participation active à tous les niveaux de la filière agricole, sera interdit à un grand nombre de femmes.

Comment améliorer cet accès?

Il y a plusieurs problèmes à régler. Celui de l’accès en soi, bien sûr, mais aussi de l’accès à un prix abordable. On pourrait, par exemple, imaginer des émissions de radio interactives auxquelles les femmes réagiraient par SMS ou par téléphone. Ce qui présuppose, bien entendu, que les paysannes aient accès à un poste de radio et à un portable, qu’elles se trouvent dans une région desservie par un opérateur de télécom et qu’elles aient les moyens de se payer des minutes d’appel ou des SMS.

Ces émissions devront utiliser un langage accessible pour les femmes des communautés locales et être diffusées à des heures où celles-ci ont le temps de les écouter et d’y participer. Il importera aussi de traduire le jargon technique en termes locaux usuels.

Les mesures à prendre doivent donc tenir compte des questions suivantes : les femmes ont-elles accès à des postes de radio et des portables ? Y a-t-il un réseau à proximité et les émissions se font-elles en langues locales? Ces mesures doivent faire de l’accès aux TIC une réalité pour les femmes, qu’elles soient urbaines ou rurales, aient été ou non à l’école, subissent ou non des contraintes de mobilité.

Quels sont les enjeux en termes d’attentes et de rôles sociaux?

Les attentes et les rôles sociaux tendent à confiner les femmes à la maison ou dans l’espace privé, et leur interdisent d’accéder aux points TIC publics, sachant qu’elles n’ont souvent pas leurs propres outils TIC. La plupart des femmes vivent en outre dans les campagnes, c.-à-d. dans des zones où l’accès aux infrastructures (ou l’énergie stable et nécessaire pour alimenter les équipements) TIC est limité. Et même quand les femmes peuvent se rendre dans des points d’accès publics ou possèdent leurs propres téléphones, elles ont moins d’argent à consacrer à l’usage des TIC.

Certaines études montrent en effet que les femmes consacrent une plus grande partie de leurs revenus à une communication « à leur portée ». Par nécessité, elles assument plusieurs rôles dans la société ; trouver du temps pour glaner des informations risque bien de s’ajouter à la longue liste de choses à faire, surtout si ces informations ne sont pas directement accessibles.

Et quels sont les enjeux du point de vue du statut éducatif des femmes, et du temps et des ressources comptés, par exemple?

Les niveaux d’éducation et d’alphabétisation des femmes sont généralement inférieurs à ceux des hommes. Il s’ensuit que les femmes sont désavantagées lorsque l’usage efficace d’un outil TIC requiert la maîtrise de la lecture et de l’écriture, ce qui est généralement le cas, ou la maîtrise de l’anglais ou d’une autre langue « étrangère ». Il s’ensuit également que les femmes tendent à se replier sur des solutions vocales, parfois plus gourmandes en bande passante et plus coûteuses qu’un service SMS. Améliorer le niveau d’éducation et d’alphabétisation des femmes, c’est leur offrir un ascenseur social.

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Les femmes seront marginalisées tant qu’elles n’auront pas le même accès que les hommes à des TIC adéquates et financièrement abordables.

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