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Les TIC, outils d’émancipation des paysans ougandais

How ICTs are empowering Ugandan farmers

J’ai créé tech4farmers à Kampala, en Ouganda, en 2012, parce que je voulais profiter de mon expérience des TIC pour développer une bourse numérique d’échange des produits de base agricoles. Dans mon esprit, cette bourse devait répondre à plusieurs objectifs : tout d’abord, aider les paysans ougandais à vendre leur production directement aux consommateurs ou aux commerçants, pour en retirer un meilleur prix, de manière plus transparente, et s’affranchir des intermédiaires. Ensuite, faciliter leur accès à d’authentiques intrants agricoles accompagnés d’un reçu de l’entrepôt. Je voulais promouvoir un commerce plus structuré d’un bout à l’autre de la filière et assurer un meilleur revenu à ceux qui se trouvent à la base de la pyramide économique.

Je sais par expérience que les services de vulgarisation traditionnels sont relativement coûteux et se heurtent à de nombreux obstacles. Sur le terrain, les agents de vulgarisation peinent à se rendre dans certaines zones à cause de l’état des routes et doivent faire face à des agriculteurs de subsistance qui rechignent à adopter des techniques modernes de culture et de manutention post-récolte. La plupart d’entre eux ayant accès à un portable, je me suis dit qu’ils trouveraient pratique de recevoir des informations sur les prix des marchés, la météo, etc. par ce biais et qu’ils décrocheraient ainsi de meilleurs prix et un meilleur revenu pour la vente de leurs produits.

Faire le lien entre paysans et commerçants

Je me suis rendu avec mon équipe dans le district de Ntungamo, dans l’ouest de l’Ouganda, afin d’y rencontrer Nalongo, une ménagère qui se double d’une petite exploitante. Elle m’a décrit les problèmes qu’elle rencontrait dans la vente de ses fruits et légumes. S’agissant de produits périssables, ils devaient être écoulés rapidement pour éviter la casse. tech4farmers m’a permis d’amorcer une dynamique positive dans les communautés rurales. J’ai réussi à faire le lien entre de nombreuses femmes comme Nalongo et les commerçants qui achètent leurs denrées à un prix équitable et les acheminent vers les marchés citadins et les restaurants.

J’ai vu pas mal de paysans stocker des denrées comme le maïs dans leur cuisine, leur véranda ou leur grenier, où l’hygrométrie ne peut être véritablement contrôlée. D’autres ménages subissent d’importantes pertes après la récolte, à cause des charançons ou des rats. Chez tech4farmers, nous avons mis en place des petits groupes d’agriculteurs qui livrent leurs céréales en vrac à des entrepôts certifiés, qui assurent de bonnes conditions de stockage. Les produits mis en vente sont de meilleure qualité, et les acheteurs prêts à mettre le prix. Les résultats dans le district de Kamwenge sont particulièrement remarquables. On y compte beaucoup de producteurs de maïs qui, grâce à une commercialisation collective, peuvent désormais livrer en vrac des produits de catégorie supérieure, vendus à meilleur prix.

Les paysans se servent aussi des TIC pour les transactions monétaires. J’ai de mes yeux vu de nombreux paysans se servir de leur portable pour accepter des paiements mobiles. Ce mode de paiement convient d’autant mieux que les opérateurs de téléphonie mobile disposent d’agents dans la plupart des zones reculées où se font les retraits et les dépôts. C’est également un moyen plus sûr, qui évite aux paysans de se promener avec de grosses sommes en espèces.

Certains ruraux continuent néanmoins de considérer les TIC et l’argent mobile avec défiance. J’ai donc passé beaucoup de temps à inciter les paysans les plus progressistes de ma communauté à endosser le rôle de modèles et d’ambassadeurs auprès des paysans les plus sceptiques. Il importe en effet qu’un maximum d’entre eux ait confiance en l’argent mobile, car il leur ouvre de nouveaux horizons. C’est un outil puissant, propice à l’inclusion financière des ruraux pauvres, qui continuent d’effectuer la plupart de leurs transactions professionnelles en espèces.

TIC et alphabétisation

Gagner la confiance des ruraux pauvres par rapport aux TIC et à leurs outils est une chose. Amener le gouvernement à soutenir ce genre d’initiative en est une autre. À plusieurs reprises, j’ai personnellement fait le tour des ministères concernés pour obtenir cet appui, en essayant d’augmenter les chances de réussite des initiatives en persuadant le gouvernement d’élaborer et de mettre en place de bonnes politiques et un cadre réglementaire. Je suis tout aussi convaincu de l’importance du secteur privé comme chef de file pour attirer suffisamment de capitaux et d’investissements dans le secteur agricole.

Le fort taux d’analphabétisme dans les zones rurales ougandaises demeure alarmant. Il est bien plus élevé que dans les zones urbaines. La maîtrise de la lecture et de l’écriture est importante pour la vie de tous les jours, mais aussi pour se servir des TIC. La plupart des informations agricoles accessibles par portable exigent en effet un minimum de connaissances.

Voilà pourquoi j’ai passé beaucoup de temps dans les villages, à convaincre les lettrés de former les autres membres de leur communauté. Sachant que près de 65 % de la population ougandaise travaille dans l’agriculture, pour la plupart comme paysans ou petits exploitants (seule une minorité exerce une activité commerciale), il est évident que le secteur agricole est, plus que tout autre, susceptible de transformer notre économie.

L’Ouganda dispose de terres arables fertiles, d’un bon niveau de pluviosité et est réputé pour ses produits d’exportation comme le café et le thé. Pour peu que le secteur agricole se professionnalise et devienne rentable, je resterai confiant, motivé et constamment déterminé à trouver et à tester de nouvelles façons d’émanciper les paysans grâce aux TIC, selon une démarche progressiste et durable.      

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In October 2013, the Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation ACP-EU (CTA) put out a call for papers, case studies and synthesis papers. The purpose of the call was to publish and disseminate experiences and success stories in ACP countries - or experiences and success stories that were relevant to ACP countries - that can inspire the rejuvenation of smallholder agriculture there.

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