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Unlocking the market

Une étude de 2013 intitulée Market in their Palms ? démontre de manière convaincante que les petits paysans kényans qui utilisent les apps mobiles trouvent des débouchés, des informations de marché et font de meilleures affaires.

L’agriculture occupe une place essentielle dans la réduction de la pauvreté. Le Rapport sur le développement humain 2008 de la Banque mondiale considère que l’essor du secteur agricole est deux fois aussi efficace pour réduire la pauvreté dans les PED que la croissance dans d’autres secteurs. Les petits agriculteurs qui peuvent commercialiser leur production grâce à l’arrivée des TIC bénéficient d’un meilleur accès aux marchés et boostent la croissance du secteur agricole.

L’agriculture est le pilier de l’économie kényane. D’après la stratégie de développement du secteur agricole publiée par le gouvernement kényan en 2009, l’agriculture contribue directement au PIB du pays à hauteur de 24 %, et indirectement, à hauteur de 27 % grâce aux services, à la transformation et à la distribution. Elle représente 65 % de l’ensemble des revenus à l’exportation, et emploie plus de 80 % de la population rurale. Ces chiffres font de l’agriculture le secteur le plus important pour le développement économique et rural du Kenya.

L’accès aux informations et aux marchés demeure un des principaux problèmes rencontrés par les petits agriculteurs kényans, qui les empêche de commercialiser davantage leurs produits. Diverses initiatives ont été prises pour remédier à ce problème par l’introduction de TIC telles que les téléphones portables, Internet et les applications de téléphonie mobile.

En 2013, j’ai mené une étude intitulée Market in their Palms, qui se penchait sur l’usage des applications mobiles par les petits paysans pour accéder aux informations et aux marchés. Je voulais plus spécifiquement déterminer les effets que l’usage de ces apps avaient eus sur leurs exploitations agricoles et si elles les avaient aidés à améliorer leurs aptitudes commerciales. J’ai analysé quatre éléments au cours de mes entrevues avec eux:

  • les types d’apps mobiles utilisées;
  • leur coût d’utilisation;
  • leur impact sur l’accès des petits paysans aux informations et aux marchés;
  • leur impact sur la production.

Type d’apps et coût

J’ai interrogé 12 petits exploitants de cinq comtés du Kenya (Nairobi, Kajiado, Narok, Nyandarua et Nandi) à propos de l’utilisation de trois services mobiles agricoles : M-Farm, mFarmer et NAFIS (National Farmers Information Service). Basées à Nairobi, M-Farm et mFarmer sont des agro-entreprises privées qui ont ouvert des plates-formes d’accès mobile aux marchés, aux informations et aux intrants agricoles. Gérée par le ministère kenyan de l’agriculture, NAFIS est une app mobile intégrée et un service Internet par l’entremise les paysans peuvent obtenir une vaste gamme d’informations agricoles en envoyant des textos ou en appelant le service.

Les petits paysans utilisent ces applications de diverses manières. La notion d’achat contractuel est importante pour les utilisateurs de M-Farm, par exemple. « Je dois d’abord envoyer un texto à M-Farm reprenant toutes sortes d’informations sur mon produit, sa quantité, sa qualité et le prix souhaité », m’explique une des utilisatrices de Mfarm du comté de Nairobi. « Je suis ensuite mise en relation avec un acheteur. Nous convenons d’un prix, de la qualité et de la quantité. Je signe ensuite un contrat avec M-Farm, et l’acheteur en fait de même, reprenant le détail de notre accord. »

Pour les deux autres applications, mFarmer et NAFIS, la prise de contact avec l’acheteur éventuel se fait par l’envoi d’un texto via une app reprenant des informations sur le produit proposé, son prix, sa quantité et sa qualité et la zone d’exploitation. Une fois ces informations rentrées dans le système, elles sont envoyées aux acheteurs. Les acheteurs intéressés prennent directement contact avec le paysan pour convenir du prix, de la qualité et de la quantité ainsi que des modes de livraison et de paiement.

Les paysans qui utilisent ces deux services réalisent souvent leurs ventes sans rencontrer l’acheteur car les paiements s’effectuent au moyen de systèmes de paiement mobile comme M-Pesa. « Quand le produit est prêt », me dit un utilisateur de mFarmer du comté de Naork, « j’envoie un texto au numéro 8988 indiquant le nombre de sacs de pommes de terre dont je dispose et le prix demandé par sac. Ce texte est ensuite relayé par mFarmer aux acheteurs intéressés qui peuvent contacter le service. mFarmer m’envoie leurs coordonnées, et je les contacte moi-même pour conclure l’affaire. »

Pour obtenir des informations sur les prix, il suffit au paysan d’envoyer un texto reprenant le nom du produit et de la ville au prestataire de services. M-Farm, par exemple, a développé une app permanente pour portables Android que les paysans peuvent télécharger et installer sur leur appareil. Cette app leur permet d’accéder facilement aux prix du moment pour autant que leur portable ait accès à Internet. Ce moyen d’accès aux informations sur les produits reste limité parce que les informations sont en vrac et que l’interrogation par texto s’avère compliquée.

Tous les paysans interrogés disent que, non contentes de leur offrir un meilleur accès au marché, ces apps sont d’un coût abordable. L’envoi de textos ou les appels vocaux via ces apps reviennent en effet au même prix qu’un texto ou un appel normaux au Kenya. Les paysans qui ont installé M-Farm sur leur portable estiment en outre que le coût d’accès aux informations sur les prix via Internet est abordable. « Pour moi, le prix n’est pas un problème », me dit un utilisateur de Mfarm du comté de Nyandarua. « Même en cas de légère augmentation, je continuerai d’utiliser Mfarm tant qu’il me donnera un meilleur accès aux marchés. »

Impact global

En quoi l’usage des apps mobiles a-t-il changé le métier des petits exploitants ? Un meilleur accès à l’information a-t-il modifié la commercialisation et la production ? Tous reconnaissent que les apps rendent l’accès plus facile, plus rapide et moins cher. Le coût des services est abordable et les communications avec les acheteurs et autres intervenants vont plus vite. Les informations sont en outre fiables et d’actualité, ce qui ne gâche rien, et s’avèrent particulièrement utiles pour les paysans, qui peuvent rapidement faire des choix commerciaux plus profitables.

« Un des avantages », me dit une utilisatrice de NAFIS du comté de Nandi, « c’est qu’aujourd’hui je connais les prix de vente finaux de mes produits. Si je décide malgré tout de passer par un intermédiaire, au moins je sais à combien il revend et je peux donc insister pour obtenir un meilleur prix. Et si cela ne lui convient pas, je peux toujours aller voir ailleurs car j’ai plus facilement accès aux autres marchés. »

Tous les paysans interrogés parlent d’amélioration. Les diverses apps facilitent la communication, ce qui leur permet de s’informer mutuellement et de tisser des réseaux entre eux et avec les marchands. Certains vont jusqu’à dire que ces réseaux sont devenus leur principale source d’information sur la production.

Ces nouvelles opportunités élargissent l’horizon commercial du paysan, qui peut dès lors s’affranchir des intermédiaires ou des marchands de fruits et légumes. « Rendez-vous compte », me dit un utilisateur de Mfarm du comté de Nyandarua, « j’ai parfois plus de deux acheteurs sur le coup ! Il me suffit de choisir celui qui me propose le meilleur prix et qui accepte de venir chercher mes pommes de terre ici, dans ma ferme, à ses frais. »

M-Farm, mFarmer et NAFIS ont rapproché ces paysans du reste du monde. Auparavant, les petits exploitants ruraux devaient transporter leurs produits, ce qui leur prenait du temps vu l’état des routes désastreux de nombreuses régions rurales du Kenya. Aujourd’hui, les paysans qui passent des contrats via M-Farm, par exemple, peuvent rappeler à l’acheteur la date convenue pour la vente dès que le produit est récolté ou encore lui rappeler de passer le prendre. Fini le temps où le produit risquait de dépérir, d’autant que ces paysans n’ont souvent pas de lieu de stockage adapté.

La réponse à la question que je pose dans mon étude Market in their palms ? est oui. Ces trois apps ont fait sauter le verrou d’un meilleur accès aux informations et aux marchés pour les petits agriculteurs des cinq comtés kényans étudiés. Il s’agit à présent de faire connaître ces services au plus de paysans kényans possible. Il ressort par ailleurs de mes interviews que les apps n’ont pas incité ces petits exploitants à recourir aux services de vulgarisation agricole : c’est donc un point qui reste à améliorer.  

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In October 2013, the Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation ACP-EU (CTA) put out a call for papers, case studies and synthesis papers. The purpose of the call was to publish and disseminate experiences and success stories in ACP countries - or experiences and success stories that were relevant to ACP countries - that can inspire the rejuvenation of smallholder agriculture there.

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