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Regrouper les forces et les ressources

Dady Demby discusses various aspect of ‘enabling environment’, including how to create a balance between public and private financing to build ICT infrastructures.

Dady Demby aborde les divers aspects d’un « environnement propice », notamment l’apport d’un équilibre entre financements publics et privés pour bâtir les infrastructures TIC.

Dans notre dernier numéro, votre collègue Ifidon Ohiomoba déclarait que l’objectif du thème « Environnement propice » de la conférence ICT4Ag était de trouver des moyens de dynamiser les échanges de savoirs dans le secteur agricole, par l’entremise des TIC. Objectif atteint, selon vous?

Absolument. Ce qui ressort clairement de la conférence, c’est le nombre incroyable d’initiatives en cours un peu partout. Les gens s’aperçoivent qu’ils font souvent la même chose, mais pas au même endroit. Ils doivent donc s’intéresser davantage à ce qui se fait (ailleurs). C’est le point de départ des prises de contact en vue de collaborations. Pour l’heure, les énergies sont éparpillées. Il faudrait les regrouper et les canaliser. Mettre en commun les forces et les ressources. C’est la seule façon d’atteindre – et d’améliorer – les résultats.

L’existence de politiques permettant aux TIC de contribuer efficacement au développement agricole est une autre condition essentielle. Votre thème a-t-il abordé ce point?

Oui. Certains pays qui vont dans le bon sens ont été cités en exemple. De plus en plus de PED élaborent des politiques de cette nature comme le Kenya, la Côte d’Ivoire et le Rwanda. On note aussi une sensibilisation accrue. Les grands rassemblements de gens de terrain, comme ce fut le cas lors de la conférence, font office de révélateurs.

Les participants rencontrent des personnes qui appliquent déjà ce type de politique. Ils se disent : « Ils y sont parvenus – pourquoi pas nous ? » C’est une façon d’améliorer la prise de conscience, et la conférence aura été encourageante à cet égard. Participer à des sessions comme celle-là est l’occasion d’apprendre un tas de choses de vos pairs et de prendre confiance, de voir ce qui se fait et de nouer des contacts avec ceux qui ont déjà élaboré des politiques de TIC. Je suis convaincu que ces sessions porteront leurs fruits, en fonction des besoins spécifiques et des centres d’intérêt des participants.

Les sessions ont-elles analysé divers scénarios d’investissement dans les TIC mobiles, dans les zones rurales en particulier?

Des opérateurs de téléphonie privés – comme Catherine Flouvat, responsable RSE chez Orange – ont pris part à l’une de nos sessions, ce qui nous a permis d’aller au fond des choses. Il est clair que les financements publics sont nécessaires dans certains domaines (la construction d’infrastructures, par exemple) pour lesquels le secteur privé n’est pas prêt à s’engager faute de retour sur investissement.

Nous avons donc besoin de finances publiques. Mais il y a d’autres options, comme les partenariats public–privé, qui peuvent procurer les fonds nécessaires à l’amélioration des taux de pénétration des TIC, en amenant le haut débit dans les zones rurales, par exemple. Ce qui m’a frappé, c’est la carte du haut débit au Kenya qu’a montrée un des intervenants. On s’aperçoit que le haut débit est essentiellement disponible dans les zones urbaines, alors que de larges portions du pays ne sont pas desservies. La plupart des gens pensent que le Kenya est bien connecté alors que cette carte dépeint une situation tout autre. Beaucoup reste à faire pour généraliser le haut débit.

Les sessions se sont-elles intéressées aux compétences que les citoyens doivent avoir ou acquérir pour profiter des TIC au service du DAR?

Oui, nous devons accélérer le renforcement des capacités. Lorsque nous développons et introduisons de nouvelles technologies, nous devons nous demander dès le départ quel est le public visé et s’il a les capacités et les compétences nécessaires pour s’en servir. Un participant a parlé de la pénétration de la téléphonie mobile en disant que c’était bel et bien d’avoir des taux de pénétration élevés, mais s’est-on demandé comment les utilisateurs finaux se servaient de leurs appareils mobiles ? À des fins sociales, pour prendre des nouvelles des amis et de la famille ? On sait que ces appareils offrent bien d’autres fonctionnalités ! Il s’agit donc de déterminer si les utilisateurs exploitent tout le potentiel de leurs appareils. La pénétration, le rayonnement, les utilisateurs finaux, autant de facteurs importants et corrélés. La maîtrise de la technologie est une question essentielle.

Que fait-on pour guider les communautés de pratique qui veulent mettre concrètement les TIC au service de l’agriculture?

Eh bien, je commencerai par évoquer un autre point soulevé durant nos sessions, une chose que l’on néglige souvent, à savoir l’environnement. Avant même de parler des autres besoins, il faut assurer les besoins fondamentaux. Le raccordement à l’électricité, pour ne citer que lui, fait partie d’un environnement propice.

Quant aux communautés de pratique, je les assimile à une opportunité. Si nous parvenions à trouver les outils qui répondent parfaitement à leurs besoins et à leurs attentes, nous aurions déjà fait un pas en avant. C’est l’une des choses qui nous occupent ici, au FARA : l’utilisation des appareils mobiles par les parties prenantes de la filière, grâce à la mise en place de « plates-formes innovantes pour l’adoption des technologies ». Ces plates-formes s’adressent à la filière pour faciliter l’accès et faire connaître les nouvelles technologies agricoles aux producteurs.

Nous voulons que les technologies mobiles répondent le mieux possible aux besoins de toutes les parties prenantes de la filière, tant pour la communication que pour les échanges et les interactions. Comment faire en sorte que ces appareils soient pertinents pour eux et pour leurs besoins en tant que communauté de pratique ? Beaucoup reste à faire pour rendre ces outils plus pertinents.

Nous avons intitulé ce numéro « Faire bouger les choses ». Êtes-vous sûr que les participants à cette conférence ramèneront chez eux ce qu’ils y ont appris et qu’ils feront bouger les choses?

Oh oui, j’en suis certain. Prenez la Côte d’Ivoire : les représentants de son ministère de l’agriculture ont pris l’engagement d’organiser une réunion nationale sur les TIC au service du développement une fois rentrés chez eux. Il y a déjà une stratégie nationale ivoirienne, mais cette conférence a renforcé leur ouverture d’esprit. Ils vont rentrer chez eux avec de nouvelles idées et de nouvelles perspectives qui vont améliorer ce qu’ils font déjà. Plusieurs personnes que j’ai rencontrées ici sont dans le même état d’esprit.

Certains participants m’ont dit avoir vu des applications et des technologies qui répondent à leurs besoins spécifiques. D’autres m’ont dit avoir trouvé des similitudes entre leur situation et les expériences partagées ici. Je suis donc convaincu qu’ils vont rentrer chez eux et tester ces nouvelles idées.

Y a-t-il quelque chose que vous désiriez ajouter?

Il y un point qui me paraît crucial : la volonté politique. Nous savons que certains pays, comme l’hôte de la conférence, le Rwanda, ont connu de profonds changements. Voyez les progrès accomplis par ce pays : ce n’est que le résultat d’une volonté politique forte. Un des intervenants a rappelé que la plupart des pays d’Afrique disposaient de suffisamment de ressources pour arriver à leurs fins, mais pas assez de volonté politique. Il faut impérativement trouver le moyen d’influencer les politiques et les décideurs car, en l’absence de volonté politique, vous avez beau avoir toutes les ressources humaines et financières au monde, le processus est voué à l’échec.

Sensibiliser, tel est le maître-mot. Il faut éveiller les consciences au potentiel des TIC et de l’agriculture. Le faire comprendre aux dirigeants. Comme l’a déclaré Agnès Kalibata, ministre rwandaise de l’Agriculture lors de cette conférence, le président de son pays, Paul Kagame, croit en la puissance des TIC. Il l’a clairement dit lors du Sommet « Transformer l’Afrique » tenu à Kigali du 28 au 31 octobre 2013 : la jeunesse africaine doit maîtriser les TIC pour accélérer le développement et l’innovation. Ce genre de déclaration de la part d’un haut dirigeant montre qu’il a compris tout l’enjeu. Il faudrait que d’autres dirigeants africains suivent son exemple. Et surtout qu’ils prennent des mesures pour que les choses bougent.

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