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Relier les paysans aux marchés

Linking farmers to markets

Les services d’information sur les marchés agricoles relient les paysans aux marchés pour qu’ils puissent faire de meilleurs choix stratégiques.

Les services d’information sur les marchés agricoles relient les paysans aux marchés pour qu’ils puissent faire de meilleurs choix stratégiques et renforcent leur pouvoir de négociation.

Relier les paysans aux marchés, c’est les armer face à la cupidité des intermédiaires et des négociants par la connaissance des prix et un pouvoir de négociation renforcé. L’amélioration du réseau routier rural, par exemple, les incitera à acheminer eux-mêmes leurs produits sur des marchés éloignés et à court-circuiter les intermédiaires. De même, l’arrivée des services de téléphonie mobile dans les zones rurales relie ces paysans aux marchés locaux et éloignés. Les services d’information sur les marchés agricoles (SIMA) que l’on trouve un peu partout en Afrique (voir l’encadré) promettent de meilleurs lendemains à la filière agricole.

Les SIMA sont constitués d’un ensemble d’outils qui collectent et traitent les informations des marchés agricoles et du bétail et les communiquent aux paysans, négociants, transformateurs et autres fonctionnaires gouvernementaux. Ces services cherchent à améliorer la transparence des marchés. Un paysan averti en valant deux, il peut mieux choisir ses cultures ou la durée de stockage des produits en attendant des jours meilleurs. L’information en provenance des marchés locaux ou éloignés l’aide aussi à déterminer le prix et le lieu de vente de sa production. Enfin, des décisions plus avisées améliorent son pouvoir de négociation et accroissent son revenu.

Beaucoup de SIMA, outre les informations de marché, proposent d’autres services aux paysans : conseils de vulgarisation agricole, prévisions météo, prix des intrants… Certains les aident même à trouver des acheteurs pour leurs produits ou à acheter leurs intrants directement chez le fabricant à un prix avantageux.

Vite compris

Les SIMA passent souvent par des sites web, même si quelques-uns diffusent également leurs informations via la radio, la télévision ou la presse écrite. De plus en plus, ils se présentent aussi sous la forme de services agricoles mobiles à valeur ajoutée, via les réseaux de téléphonie mobile ou des réseaux sociaux comme Facebook et Twitter.

Les SIMA comptent de plus en plus d’utilisateurs parmi les paysans. Un certain nombre d’entre eux, comme Esoko, Manobi, LINKS, KACE et M-Farm, connaissent un franc succès, mais plus encore échouent, faute généralement de fournir des informations de marché précises, rentables et en temps opportun ou de présenter ces informations sous une forme facilement accessible pour la clientèle visée.

Difficile en effet de ne pas sous-estimer le temps et les ressources nécessaires pour relever et traiter les prix sur les marchés agricoles locaux, régionaux et nationaux. Tout aussi difficile de trouver le bon format d’information pour des groupes de clients plus ou moins analphabètes. Autre travers assez fréquent, la sous-estimation de la difficulté tant à atteindre les paysans des zones les plus reculées qu’à tenir compte de l’absence de politiques créant des conditions propices.

Sous leurs formes diverses et variées, les SIMA constituent néanmoins un bon moyen de relier les paysans aux marchés. La plupart des pays ACP ont vu des services mobiles à valeur ajoutée faire leur apparition dans le secteur agricole, et les gens ont vite compris ce qui pouvait leur être utile ou pas. La connaissance de ces services progresse donc rapidement.

Viabilité financière

La viabilité financière est l’un des principaux écueils rencontrés jusqu’ici par les SIMA. Ces services mobiles à valeur ajoutée doivent s’articuler autour de modèles d’entreprise robustes et de business plans cohérents qui décrivent de manière convaincante comment, de la phase pilote initiale, se fera la montée en puissance vers la viabilité financière sur le long terme.

À l’instar de tant d’autres programmes de développement agricole soutenus par des donateurs, les services qui fonctionnent grâce à un appui extérieur ne survivent généralement pas à l’arrêt du projet. Ils doivent donc opter pour des modèles d’entreprise axés sur l’indépendance financière, de manière à arriver à l’équilibre ou, idéalement, à réaliser des bénéfices pour assurer leur pérennité.

La viabilité passe par la montée en puissance des services, après une phase pilote et de test initiale, afin de se constituer une clientèle régulière, formée non pas de centaines, mais de milliers, voire de dizaines de milliers de paysans. Il se peut que les gouvernements, donateurs et agences de développement décident de subventionner ces services pour certaines catégories de paysans, mais leurs outils doivent essentiellement être proposés contre rétribution.

Esoko est un SIMA ghanéen qui a parfaitement franchi cette étape. Lancé en 2005 grâce à un financement de l’USAID, Esoko est aujourd’hui une entreprise commerciale, avec des investisseurs privés, qui vit sans subventions ni subsides. Dès le départ, Esoko s’est appuyé sur un modèle d’entreprise à plusieurs niveaux d’abonnement-franchise ; tout en élargissant sa clientèle, il a considérablement amélioré sa plate-forme technique et ses services d’information agricole. Esoko est présent au Ghana, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Malawi.

Le modèle d’entreprise d’Esoko prévoit des franchises privées, un programme pour détaillants et des partenariats public–privé. Les franchisés recherchent des fonds privés et vendent des abonnements aux SIMA par SMS d’Esoko, ainsi que des services de formation et de conseil. Ces franchisés doivent répondre à des normes de performance minimales et partager leurs recettes avec Esoko. Les détaillants vendent des abonnements à Esoko, des services de formation et de conseil et ciblent les entreprises qui souhaitent faire appel aux services d’Esoko en complément de ceux dont elles disposent déjà.

D’autres services plébiscités, comme Manobi, KACE, M-Farm et LINKS ont tous adopté des modèles lucratifs et élargi la base de leur clientèle pour s’affranchir des financements extérieurs. En tant que programme gouvernemental, LINKS fait exception, mais il peut compter sur un financement garanti et le soutien indéfectible du gouvernement qui considère les informations sur les prix du marché comme un bien public essentiel.

Leçons apprises

A l’évidence, l’identification des principaux usagers visés par l’information de marché est aussi cruciale pour la réussite d’un SIMA qu’un modèle d’entreprise à but lucratif et un business plan axé sur la montée en puissance du nombre d’utilisateurs pour assurer l’indépendance financière.

Les besoins en information des paysans peuvent varier dans le temps, passant d’une information sur les prix et la demande sur les marchés à des informations sur les nouveaux débouchés et les possibilités de développement de nouveaux produits. Mais les expériences, bonnes ou mauvaises, livrent bien d’autres enseignements. Parmi les facteurs de réussite, citons:

  • Un engagement politique, gage d’un soutien politique du gouvernement;
  • Se concentrer sur les besoins de la clientèle visée, en termes d’information et de services;
  • Proposer une large gamme de services d’information;
  • Combiner plusieurs modèles d’entreprise;
  • Avoir des liens avec les organisations paysannes, les associations commerciales et les ONG;
  • L’essor de la couverture cellulaire dans les zones rurales;
  • La baisse des coûts de communication mobile;
  • La promotion des activités des SIMA.

Parmi les facteurs contraignants, citons:

  • Le coût élevé des portables et des communications mobiles;
  • Un faible taux d’alphabétisation et donc la difficulté à lire les textos;
  • Une préférence marquée pour les services à lecture vocale en langues locales;
  • Le manque de maîtrise face à des informations de marché complexes;
  • Une piètre couverture mobile dans une bonne partie des zones rurales;
  • De mauvaises infrastructures routières dans les zones rurales, ce qui complique l’acheminement des produits vers les marchés;
  • L’échange des informations de marché entre paysans, d’où un recours moins fréquent aux SIMA;
  • Le manque d’engagement politique parce que les politiciens n’entrevoient pas les avantages.

Les SIMA semblent prometteurs comme traits d’union entre les paysans et les marchés, mais la plupart d’entre eux n’en sont qu’à leurs débuts. Les premiers succès prouvent que ces services mobiles à valeur ajoutée offrent d’intéressantes perspectives aux filières agricoles. Ils contribuent à promouvoir la communication entre les acteurs des filières et fournissent aux paysans des informations en temps réel sur les prix et la demande du marché, les prévisions météorologiques et des conseils agricoles.

Comment le montrent les initiatives couronnées de succès, pour peu que les coûts d’abonnement soient faibles et que les informations soient fiables et fournies en temps voulu, les paysans se serviront de leurs portables pour y accéder. Cela suppose des investissements pour améliorer la couverture des réseaux mobiles dans les zones rurales, le développement d’applications mobiles à valeur ajoutée plus spécialisées et interactives dont les paysans puissent se servir pour améliorer la productivité de leurs exploitations, et la mise en place de politiques TIC nationales qui promeuvent l’usage des services d’information mobiles à valeur ajoutée.

  • SIMA les plus connuEsoko – Ghana Esoko est une initiative privée basée à Accra, au Ghana. Le site web d’Esoko propose toute une gamme d’applications web et mobiles pour le recueil et l’envoi d’informations agricoles par texto. La plate-forme Esoko est accessible aux paysans, aux agro-industries et aux organisations de la filière agricole. Grâce aux outils d’Esoko, les paysans peuvent négocier de meilleurs prix, choisir un autre marché ou un autre moment pour vendre à meilleur compte. L’abonnement annuel aux services d’Esoko va de 35 $ (particuliers) à 1 500 $ (entreprises).
  • Manobi – Afrique de l’Ouest Manobi est une société sénégalaise qui propose des outils mobiles et web au service des filières agricoles. Avec son application Time-to-Market (T2M), les paysans peuvent vérifier les prix du marché sur leur portable par SMS, WAP, MMS ou Internet mobile. Manobi fournit des informations sur les prix relevés sur divers marchés dans plusieurs pays. Ses services de base sont gratuits pour les paysans qui gagnent moins de 2 $ par jour.
  • LINKS – Tanzanie Présent en Tanzanie, au Kenya et en Éthiopie, LINKS (Livestock Information Network Knowledge System) suit les prix des transactions de bétail, et fournit des informations sur la race, l’âge, le sexe et la catégorie. Ces informations sont reprises dans des « panoramas (hebdomadaires et mensuels) du marché du bétail » qui sont diffusés par courriel, via des programmes radio ou télé et disponibles sur le site web de LINKS. LINKS revient à 0,04 $ par SMS.
  • KACE – Kenya KACE (Kenya Agricultural Commodity Exchange Limited) est une société basée à Nairobi qui propose des informations fiables et actualisées aux paysans, aux producteurs et aux consommateurs, de même qu’aux vendeurs, acheteurs, exportateurs et importateurs de produits de base agricoles. Il est possible de vendre ou d’acheter ces produits par l’entremise de KACE sur n’importe quelle place commerciale, physique ou virtuelle.
  • M-Farm – Kenya M-Farm est un outil de transparence basé sur des SMS au travers duquel les paysans kényans peuvent solliciter des informations sur le prix de détail de leurs produits, acheter leurs intrants directement auprès du fabricant à un prix avantageux et trouver des acheteurs. M-Farm facture chaque demande par SMS 0,01 $.

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In October 2013, the Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation ACP-EU (CTA) put out a call for papers, case studies and synthesis papers. The purpose of the call was to publish and disseminate experiences and success stories in ACP countries - or experiences and success stories that were relevant to ACP countries - that can inspire the rejuvenation of smallholder agriculture there.

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