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Révolutionner le financement des filières agricoles

Revolutionising finance for agricultural value chains

Lamon Rutten et Benjamin Addom analysent les profonds changements nécessaires à une révolution du financement des filières agricoles.

Le Grand Robert définit la « révolution » comme un « changement brusque et important dans l’ordre social, intellectuel, moral, esthétique ». Parler de changement dans le financement agricole revient parfois à se demander comment les banquiers envisagent la question dans son ensemble – comme une menace – et d’un point de vue historique, comme une tentative vouée à l’échec. Une révolution dans le financement des filières agricoles semble toutefois mieux correspondre à cette autre définition du Grand Robert : « une transformation complète (avec l’idée de grands changements dans la société, mais sans idée de brusquerie, ni de violence) ». Il s’agit donc de changements induisant des effets positifs pour peu qu’ils aient été bien pensés et bien mis en œuvre, de changements qui offrent de nouvelles perspectives appréciables aux banques.

Quelques faits : il va falloir accroître la production agricole de 50% d’ici 2050 pour nourrir la population mondiale, laquelle, selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations-Unies, devrait atteindre 9,7 milliards d’individus cette année-là. Cet accroissement passe par des investissements massifs : quelque 85 milliards de dollars par an dans les PED, soit une augmentation de 50 % par rapport aux niveaux actuels.

Quelque 90 % des investissements actuels sont effectués par les paysans eux-mêmes et il est peu probable qu’ils puissent monter en puissance dans les proportions précitées. Le gros de cet accroissement devra être financé de l’extérieur, par des banquiers et des investisseurs notamment. La valeur du marché alimentaire africain devrait tripler pour atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2030 – or, les transformateurs et les négociants sont déjà aux limites de leurs capacités de financement des stocks et des flux commerciaux. Ces défis sont l’occasion pour les banques qui réussiront à changer leur portefeuille de produits d’offrir aux paysans et aux autres acteurs de la filière de nouveaux modes de financement de la production et des échanges.

Au premier abord, la révolution des systèmes de paiement, rendue possible par la vogue des smartphones, semble augurer un changement dans le financement agricole. Après tout, beaucoup de non-bancarisés ont aujourd’hui accès à un portable qui leur donne accès à des services financiers. Les contraintes réglementaires édictées par de nombreux pays font toutefois qu’une étroite association des banques est nécessaire pour assurer la transition entre les services de paiement mobiles et le crédit.

C’est parfois le cas, mais les banques utilisent principalement les portables comme moyen d'acheminement – autrement dit, les conditions ont peut-être changé, mais l’attitude des banques reste la même, cramponnée à de vieux modèles d’entreprise. Cela montre qu’elles continuent de considérer l’agriculture comme une entreprise risquée et de proposer les mêmes produits, généralement peu adaptés à la réalité paysanne.

Il faut un changement plus radical, qui intègre la technologie mobile dans les nouveaux modèles financiers. Les données en crowdsourcing recueillies à partir des portables peuvent aider les banques à mieux modéliser et gérer les risques, par exemple, et donc à proposer des produits financiers et de gestion des risques plus adaptés à la situation des paysans et des négociants. Les divers intervenants de la filière (et leurs prestataires de services) pourraient se retrouver au sein de plates-formes électroniques où les banques proposeraient des financements en phase avec le flux réel de biens et de services.

Pour appréhender le potentiel des TIC dans sa globalité, banquiers et développeurs devraient passer plus de temps à réfléchir ensemble, ce qui veut dire dépasser la simple utilisation du portable pour les uns, et la vente d’apps aux banques pour les autres. Du 14 au 18 juillet, le CTA organise la conférence Fin4Ag à Nairobi (Kenya), en collaboration avec l’African Rural and Agricultural Credit Association, la Central Bank of Kenya et la Kenya School of Monetary Studies. Le CTA a convié non seulement des développeurs de TIC et des représentants des banques, mais aussi d’autres parties prenantes de la filière agricole, dans l’espoir de définir le schéma directeur d’une révolution du financement des filières agricoles.

En prélude à cette conférence, ce numéro d’ICT Update se penche sur diverses initiatives TIC prises sur le terrain – essentiellement sur la base d’applications mobiles – afin d’aider les petits paysans à améliorer leurs exploitations. Les divers auteurs analysent l’apport des apps mobiles aux divers stades du cycle opérationnel d’une PME, le lien établi entre paysans et marchés africains par les services d’information sur les marchés agricoles pour que ces paysans puissent faire des choix commerciaux avisés et négocier de meilleurs prix, ainsi que l’incidence de ces apps sur les communautés rurales des pays ACP.

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In October 2013, the Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation ACP-EU (CTA) put out a call for papers, case studies and synthesis papers. The purpose of the call was to publish and disseminate experiences and success stories in ACP countries - or experiences and success stories that were relevant to ACP countries - that can inspire the rejuvenation of smallholder agriculture there.

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