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Stratégies haut débit

© Alamy/Tom Gilks

Entretien avec Eric White, associé et économiste principal chez Integra LLC, une société de développement international basée à Washington, DC, qui s’est spécialisée dans les politiques et applications TIC. Sa société met en œuvre le programme Global Broadband and Innovations de l’USAID.

Chacun reconnaît que les TIC sont importantes pour le développement agricole. Mais le niveau d’accès varie d’un pays à l’autre, y compris dans les ACP. Comment se fait-il que l’accès à Internet soit souvent médiocre dans les zones rurales?

Cela tient surtout au fait que les sociétés Internet, avec le modèle qu’elles appliquent, ont bien du mal à dégager des bénéfices, voire atteindre l’équilibre dans les zones rurales. La meilleure situation de départ pour un fournisseur d’accès, c’est une forte concentration de particuliers à hauts revenus. Un scénario où les clients ont les moyens de payer des services TIC à haute valeur en plus de la connexion de base.

C’est ce qui fait grimper les recettes. Et comme cette population est géographiquement concentrée, on peut la desservir avec la même infrastructure, en minimisant les coûts de réseau. Les zones rurales affichent le scénario inverse : les citoyens sont généralement plus pauvres, ce qui fait baisser les recettes, et dispersés, ce qui oblige les fournisseurs à prévoir davantage d’infrastructures pour les desservir, ce qui augmente leurs coûts. Au final, le compte n’est pas bon et les réseaux ne sont pas déployés.

Quels sont les nouvelles technologies et modèles d’entreprise envisagés pour proposer une connectivité abordable dans les zones rurales?

Plusieurs nouvelles technologies radio abaissent considérablement le coût de fourniture dans les zones rurales, ce qui devrait inciter des fournisseurs d’accès à y faire leur beurre. Un bon exemple est celui du « mini-cellulaire ». Il s’agit d’une version bridée de la technologie que l’on trouve en standard sur les pylônes de téléphonie mobile 3G. Sa capacité de gestion du trafic et son périmètre de diffusion sont moindres, mais on peut l’alimenter à l’énergie solaire et faire jusqu’à 80 % d’économies en capitaux. Sans doute une bonne option pour les zones rurales où la demande est probablement moindre et où la population se concentre dans de petits villages.

Une autre nouvelle technologie, ou classe de technologies, passe par les « espaces blancs TV », c.-à-d. par les vides du spectre, entre les canaux de télévision. À l’origine, ces canaux ont été alloués en laissant des « espaces blancs » afin d’éviter les interférences. La taille de ces espaces a été évidemment déterminée par la technologie de l’époque, voici plusieurs décennies. Avec les avancées technologiques, ces espaces sont devenus trop grands, et on peut aujourd’hui les utiliser pour faire passer d’autres signaux. On peut s’en servir pour diffuser à faible coût un signal Wifi sur une longue distance – plusieurs centaines de kilomètres – et donc diffuser Internet dans les campagnes.

Avez-vous des exemples de modèles d’entreprise déjà mis en place, et avec succès?

Oui, et on en voit tous les jours de nouveaux sur le marché. Altobridge, un fabricant irlandais de mini-cellulaire, cumule plusieurs déploiements pilotes dans des zones rurales et nous entendrons parler de son partenariat avec Orange au Niger lors de la conférence. Les espaces blancs TV sont une idée encore plus récente, déployée dans toute l’Afrique. Une initiative en cours au Kenya, « Mawingu », sera présentée à la conférence.

Tous les modèles d’entreprise qui réussissent dans l’Internet rural ne s’appuient toutefois pas sur de nouvelles technologies. Un modèle assez prisé consiste à faire du gouvernement, ou d’une société, un « locataire-clé ». Dans ce scénario, les deux parties conviennent que le locataire-clé achètera suffisamment de connectivité au fournisseur d’accès pour rentabiliser son installation. Les résidents du voisinage profitent ensuite de la nouvelle connectivité.

Que font les pouvoirs publics pour soutenir l’introduction de nouveaux modèles d’entreprise?

Eh bien, ils ont tendance à privilégier un certain modèle d’entreprise. Ils proposent parfois des incitants au mini-cellulaire, ou ils autorisent les opérateurs à utiliser les espaces blancs TV, mais c’est à peu près tout dans le choix d’un modèle précis. Ce que le politique peut effectivement faire, c’est de veiller à ce que l’environnement propice – à la fois sur le plan réglementaire et des infrastructures – n’alourdisse pas inutilement le coût de la fourniture d’accès.

Dans certains pays, cela revient à limiter l’intervention du politique, qui veillera par exemple à ce que les collectivités locales n’essaient pas de taxer les câbles en fibre optique qui traversent leur territoire. Dans d’autres pays, l’intervention est plus prégnante. Le politique peut coordonner les investisseurs pour qu’ils mettent de l’argent dans l’installation de câbles en fibre optique là où l’accès à Internet est limité. Certains gouvernements vont jusqu’à installer les câbles eux-mêmes. Généralement, les gouvernements instaurent un programme de subventions, le Fonds de service universel, qui contribue à rentabiliser les opérations des entreprises dans les zones rurales.

Une nouvelle tendance consiste à élaborer et à mettre en œuvre des Stratégies ou des Plans nationaux de haut débit, qui abordent le problème dans sa globalité et coordonnent les ressources des différents ministères afin de connecter les ruraux. Ces plans mettent les incitants du côté de l’offre en phase avec la création de la demande, la rationalisation des règlements et des projets pilotes dans divers secteurs. Ils ne sont toutefois pas toujours simples à mettre en œuvre, comme nous le verrons lors de la conférence.

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