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Tim Unwin : « Les petits exploitants doivent être associés à la prise de décision »

« Les petits exploitants possèdent le savoir agricole : ils connaissent les contextes locaux et les terres, les cultures qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas, etc. »

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Tim Unwin est titulaire de la Chaire UNESCO en TIC pour le développement et professeur émérite de géographie au Royal Holloway (Université de Londres). Il s'interroge sur les initiatives à mettre en œuvre afin que les petits exploitants profitent réellement des technologies et des données.

Selon vous, que faut-il modifier dans la conception des projets de TIC pour le développement (ICT4D, ICT for Development) pour qu'ils aient plus d'impact ?

L'un des principaux problèmes réside dans le fait que ces initiatives sont trop souvent envisagées comme des projets pilotes, et non des projets durables et modulables. Or, si un projet n'est pas conçu de manière évolutive, il aura très peu de chance d'être un jour transposé à l'échelle. Généralement, le porteur du projet – organisation de la société civiles, start-up ou entreprise internationale – arrive avec une idée et s'assure que le pilote fonctionne. Ensuite, il essaie de convaincre les gouvernements et les donateurs d'investir afin de pouvoir le déployer. Cependant, le modèle économique est invariablement inapproprié. Pourquoi ? Parce qu'il n'a pas été pensé, au départ, pour une mise à l'échelle. La seule solution consiste à envisager la mise à l'échelle dès la phase de conception.

Si nous voulons utiliser le numérique pour fournir des services à grande échelle, il faut commencer par améliorer l'accès à la technologie : sans cela, n'espérez même pas démarrer un projet ! Oui, l'acculturation numérique est un paramètre important et le contenu devra être pertinent pour espérer réussir. Mais je suis profondément convaincu que l'accès universel demeure la clé car, autrement, les règles du jeu sont biaisées. Comment y parvenir ? Grâce notamment aux partenariats entre le secteur privé et les gouvernements qui doivent imaginer ensemble des solutions pour aider les plus démunis sur la planète.

Le secteur privé est un partenaire stratégique dans la mise en œuvre des initiatives ICT4D. Pourtant, sur votre blog, vous affirmez qu'il est uniquement guidé par le profit et ne peut, dès lors, prendre à cœur le sort des populations pauvres. N'est-ce pas contradictoire et donc problématique ?

Le secteur privé veille avant tout à réaliser des bénéfices pour les entrepreneurs et les actionnaires. Si l’entreprise n’y parvient pas, elle fait faillite ! Dépenser de l'argent pour les plus pauvres et marginalisés, sans escompter le moindre retour sur investissement, relève d'une mentalité complètement différente. Une importante classe moyenne émerge actuellement et le secteur privé entend bien l'exploiter à des fins lucratives. Il s'intéresse donc au « prochain milliard » et non à ce que l'on appelle communément le « milliard inférieur » – mais que je qualifie de « premier milliard » car il est en définitive le plus important. Si vous offrez des solutions aux plus pauvres à travers un modèle économique qui le permet, vous allez freiner quiconque fournit des services et commercialise des produits à destination du prochain milliard.

Le secteur privé, le secteur public et la société civile doivent travailler ensemble, mais une collaboration efficace exige beaucoup de temps et de ressources. La mise en place de partenariats solides implique notamment la conclusion préalable d’accords de réciprocité, qui définissent ce que les partenaires vont donner et ce qu’ils attendent en retour.

Comment les activités de recherche de la Chaire UNESCO en TIC pour le développement contribuent-elles à garantir la production de données pertinentes et exploitables pour les petits exploitants agricoles du monde entier ?

Les chercheurs de la chaire travaillent, par exemple, sur les algorithmes de navigation pour drones qui pourraient être utilisés dans l’agriculture. D’importants travaux sont également en cours autour de l’Internet des objets (IdO). L’installation de capteurs à différents niveaux du système agricole est une autre approche qui permet aux agriculteurs d’accéder aux données et de les utiliser. Prenons un exemple. Imaginez un éleveur nomade d'Afrique de l'Ouest qui emprunte les routes traditionnelles pour aller faire paître son bétail au fil des saisons. Il risque d'être pris au dépourvu car, malheureusement, certains pâturages qu'il a l'habitude d'utiliser disparaissent à cause du changement climatique. S'il avait accès, grâce à un simple téléphone mobile, aux données provenant de l'IdO et des capteurs sur les niveaux d'humidité et l'état des pâturages, il saurait exactement où aller.

Les connaissances sur la façon dont les petits exploitants agricoles et leur famille utilisent les technologies numériques sont insuffisantes. Notre chaire a donc érigé ce sujet au rang de priorité. Dès que nous aurons bien compris comment ils utilisent la technologie, nous pourrons alors commencer à travailler avec eux afin qu'ils puissent vraiment en profiter. Ils possèdent le savoir agricole : ils connaissent les contextes locaux et les terres, les cultures qui fonctionnent et celles qui ne fonctionnent pas, etc. De notre côté, nous avons des connaissances dans le domaine des technologies. Mettre en commun ces connaissances nous permettrait de déterminer ensemble ce qui peut concrètement bénéficier aux agriculteurs, plutôt que d'imposer nos idées. Je suis intimement convaincu que l'émancipation rendue possible par le numérique doit impérativement passer par l'implication des exploitants dans la conception des solutions.

Le big data devrait avoir un impact majeur sur l’agriculture « intelligente » de demain. Comment des politiques peuvent-elles promouvoir l’inclusion des petits agriculteurs et la prise en compte de leurs intérêts dans le développement de nouvelles technologies et de projets numériques ?

Dans de nombreuses régions du monde, le numérique reste associé aux hommes. Dans ces mêmes régions, ce sont souvent les femmes qui s'occupent principalement de l'agriculture, sans toutefois pouvoir profiter des nouvelles technologies. Cette situation doit changer. Il est important que les décideurs politiques tiennent compte de la nature multidimensionnelle de la pauvreté et de l'exclusion. Ils doivent impérativement opter pour une vision globale de la technologie et du développement. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons créé TEQtogether : nous voulons changer les mentalités et les attitudes des hommes vis-à-vis des femmes et de la technologie.

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) désignent l'ensemble des technologies utilisées pour traiter l'information et faciliter la communication. Elles permettent aux individus de collecter, créer et diffuser l'information par différents moyens : la voix, le texte ou l'image. Aujourd'hui, toutes les activités humaines sont touchées par la révolution des TIC. L'agriculture ne fait pas exception, notamment dans les pays ACP où la prise de conscience est grandissante quant à l'importance de l'accès à l'information.

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont de plus en plus utilisées dans la région Pacifique. Des outils novateurs sont élaborés et déployés afin de soutenir la résolution de questions sociales et économiques liées au développement, comme l'agriculture, la santé ou les phénomènes climatiques extrêmes.

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Le programme Genre, agriculture et développement rural dans la société de l'information (GenARDIS) a été lancé en 2002 dans le but de soutenir des projets utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour renforcer les connaissances et la productivité des agriculteurs. Quel est le bilan du programme ? A-t-il permis de réduire les inégalités de genre, mais aussi entre ruralité et urbanité ? Est-il pertinent de redéployer cette initiative aujourd'hui ?

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La pression démographique s'intensifie et pose des défis d'envergure. Les rendements des cultures devront ainsi doubler d'ici quelques années afin de garantir la sécurité alimentaire mondiale. Pour atteindre cet objectif, l'Afrique subsaharienne est une région stratégique : 60 % des terres agricoles non cultivées de la planète se situent dans cette zone. Les rendements moyens de la région demeurent bien en deçà des standards internationaux.

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Charles Wandera est un agriculteur du district de Masindi, en Ouganda. Dernièrement, la région a été frappée par une invasion de chenilles légionnaires d'automne. Les producteurs se sont trouvés démunis face à ce ravageur arrivé récemment en Afrique. A la recherche d'une solution pour protéger ses cultures, M. Wandera s'est tourné vers la radio. Il a obtenu de précieux conseils en écoutant une émission diffusée sur Radio Kintara.

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Le CTA se donne pour mission de faire avancer la sécurité alimentaire, la résilience et la croissance économique inclusive dans les pays ACP par le biais d’innovations dans l’agriculture durable. Tout au long de ces 10 dernières années, le CTA a joué un rôle dans l’identification des innovations technologiques de pointe, dans la promotion de la culture et des compétences numériques ainsi que dans la formation et le renforcement des capacités des acteurs du secteur agricole à innover et utiliser des solutions d’agriculture numérique.

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