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ICT Update N° 76

La finance mobile, une avancée cruciale

La finance mobile est un vecteur de crédit, d’épargne, d’assurance, de transfert et de paiement, qui recouvre l’argent mobile et la banque mobile, mais aussi des supports alternatifs tels que les chèques électroniques, les cartes de débit, les cartes à puce, la banque à distance, les distributeurs de billets et les terminaux au point de vente. L’argent mobile suscite l’émoi depuis que M-Pesa a pris le secteur de court en annonçant des bénéfices en 2009. Le niveau d’investissement du privé – avec plus de 220 plates-formes d’argent mobile dans le monde – prouve qu’il ne s’agit pas d’une passade. 

Dans le même temps, la production agricole mondiale est appelée à s’améliorer qualitativement et quantitativement en se dotant de chaînes de valeur plus efficaces. Pour ce faire, la finance mobile va devoir proposer des outils plus sophistiqués afin de promouvoir le crédit agricole, l’épargne, l’assurance, les transferts et les paiements. Ce numéro d’ICT Update ne peut aborder qu’une partie des innovations qui bouleversent le financement agricole et qui vont ouvrir la voie à l’inclusion durable d’une population jusqu’ici non bancarisée et révolutionner le financement des chaînes de valeur agricole.

Notre dossier est consacré à SmartMoney, une initiative qui s’appuie sur les SFAM pour libérer le potentiel des populations à la base de la pyramide économique. Ce qui, à l’origine, était un simple moyen de paiement mobile entre acheteurs coopératifs et paysans s’est mué en une devise électronique qui répond aux besoins de l’économie villageoise. 

Parmi les autres initiatives du même acabit, citons : TigoCash pour le riz au Ghana, avec le soutien de VISA ; Zoona pour le coton en Zambie ; Connected Farmer Alliance au Kenya, au Mozambique et en Tanzanie, créé par Vodafone avec l’aide de l’USAID et de TechnoServe. Depuis que les institutions de microfinance locales ont été associées à l’écosystème SmartMoney, l’ensemble des villageois ont adopté une culture d’épargne. 

Utilisation généralisée de la finance mobile

L’utilisation généralisée de la finance mobile pour répondre aux besoins de transfert d’argent et d’épargne de la communauté villageoise constitue un changement de paradigme dans le financement des filières agricoles. Ce changement de paradigme, qui a été mis en lumière lors de la conférence ICT4Ag organisée au Rwanda en novembre 2013 par le CTA, est un élément essentiel du groupe consultatif d’aide aux pauvres (CGAP) de la Banque mondiale, dont la mission est de veiller à ce que chacun ait accès aux services financiers dont il a besoin pour améliorer ses conditions de vie. 

À l’issue de la conférence ICT4Ag, il est apparu que les TIC et les apps mobiles de la chaîne de valeur et de la finance avaient généralement le même arrière-plan. Dans la mesure où l’agriculture est l’une des principales sources d’activité économique dans les zones rurales, il conviendrait sans doute de concevoir des TIC agricoles et des applications mobiles pour utilisateur final équipées de fonctionnalités trans-sectorielles avec le transport, la santé et l’éducation, par exemple.

Ce potentiel de convergence fait écho à une récente initiative du CGAP, Digital Finance Plus. Hébergé par la Banque mondiale et voué à la détection de solutions innovantes pour l’inclusion financière, le CGAP explore les nouveaux horizons ouverts par l’arrivée fracassante de la microfinance au début des années 1990. Elle voit aussi des possibilités d’inclusion financière dans les foyers, car la finance mobile peut répondre à de nombreux besoins dans le domaine de l’agriculture, de l’énergie, de l’eau, de l’éducation et de la santé. 

Ce type de convergence au niveau des ménages garantit l’inclusion financière de manière plus explicite et donc l’émancipation des femmes et des jeunes. Beaucoup considèrent la convergence entre la finance mobile et la banque et l’agriculture, et au sein de ses propres canaux, comme la principale caractéristique de la prochaine génération de SFAM en 2014.

Meilleur accès, moindre risque 

L’analyse de datamasse sera une autre tendance de la finance mobile de demain. Les petits exploitants devront relever un nombre incroyable de défis pour s’assurer des récoltes rentables. Leur manque d’accès à divers services financiers ne fait que compliquer la situation. Pour libérer tout leur potentiel, ils devraient avoir une « identité financière » propre et une évaluation de leur risque de crédit consultables par les institutions. PERC (Le Policy and Economic Research Council) et son partenaire EMA (Experian MicroAnalytics) ont développé la solution FIRM (Financial Identity Risk Management). Sur une base volontaire, les paysans fournissent leur identité biométrique et autorisent l’accès à leurs transactions financières mobiles ou à d’autres données regroupées telles que leurs factures énergétiques et de téléphone. PERC et EMA peuvent alors extraire ces données instantanément, les faire passer par un algorithme pour déterminer une notation de crédit qui est ensuite communiquée aux institutions financières partenaires. 

 FIRM apporte une visibilité essentielle au candidat emprunteur en lui conférant une identité et une mesure du risque encouru pour l’organisme de crédit. Cette industrie naissante de la notation de crédit alternative, qui augure un meilleur accès au crédit pour les paysans, s’étend rapidement. D’autres prestataires comme First Access et Cignifi proposent un service analogue.

Pour sa part, SlimTrader est une plate-forme de commerce mobile qui opère au Nigeria et permet aux consommateurs (de tous secteurs) de chercher et d’acheter des biens et/ou des services. Cette plate-forme dessert actuellement des sociétés de bus, de transport aérien et d’autres secteurs et s’est récemment lancée dans l’agriculture. Depuis peu, elle est en effet accessible aux distributeurs et détaillants d’engrais. Le détaillant se rend chez ses clients et passe leurs commandes via son compte mobile. Cette démarche réduit le risque de crédit du distributeur, les frais de transport, de stockage ou autres du détaillant, et abaisse le prix finalement payé par la clientèle paysanne.

La majorité des 220 plates-formes d’argent mobile et des nombreuses autres alternatives utilisées par les institutions commerciales et de microfinance à travers le monde se cantonnent généralement aux centres urbains. Mais l’écosystème des intervenants du secteur privé s’aventure désormais dans les zones rurales pour arriver à une pénétration nationale. De plus en plus, l’agriculture – et ses nombreuses transactions d’un bout à l’autre de la filière – est perçue comme un point d’entrée essentiel à la mise en œuvre de la finance mobile dans les zones rurales.

Les exemples repris dans ce numéro décrivent la réduction des risques de crédit dans la chaîne d’approvisionnement, l’immense potentiel de l’analyse de datamasse pour une notation de crédit alternative des paysans et la possibilité d’offrir non seulement une solution de paiement aux paysans et aux acheteurs, mais aussi les services financiers qu’attend l’ensemble de la communauté villageoise, notamment au niveau de l’épargne individuelle et collective. De nombreuses autres initiatives du même genre contribuent à élargir le champ traditionnel du financement des filières agricoles. Nous sommes convaincus que les SFAM seront aux populations à la base de la pyramide économique ce que la banque commerciale fut à la révolution industrielle.

Dans ce numéro

Beyond cash

In just three years’ time, SmartMoney has grown from a small intervention targeting market inefficiencies between rural farmers and agriculture organisations to a community-wide rural payment and savings solution with more than 20,000 subscribers.

par

La technologie, et notamment les platesformes de téléphonie mobile, peuvent changer la donne en repoussant les limites et en rentabilisant l’apport de services bancaires aux populations rurales pauvres.

Le Rural Finance Learning Centre propose des produits d’information en ligne, facilement accessibles, liés à la finance rurale.

par

GM Services donne à des jeunes l’occasion d’accéder aux TIC et de s’en servir.

par

FIRM (Financial Identity Risk Management) protège le consommateur tout en permettant au prêteur de proposer des crédits dont le montant peut améliorer les conditions de vie.

Les innovations qui se font jour dans la finance mobile sont en train de révolutionner la filière agricole et d’offrir du même coup d’autres modes de paiement aux paysans, un plus large accès à divers services financiers tout en réduisant les risques dans la chaîne d’approvisionnement.

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